Mgr Joly, comment expliquez-vous l’essor extraordinaire des baptêmes de jeunes adultes en France?
C’est certainement une grande surprise et on découvre cette venue inattendue de toutes ces personnes, notamment de jeunes adultes. On commence simplement à essayer d’analyser, c’est un peu le début.
Mais je pense que dans une société sécularisée où la question de la foi en France, avec la question de la laïcité parfois un peu durcie, doit presque rester uniquement dans le domaine privé, il ne faut presque pas en parler. En fait, il y a une certaine soif et d’une certaine manière, plus on contraint cette soif, plus cette soif s’exprime. Et puis je pense aussi que dans un monde où l’écoute n’est pas si présente et souvent pas gratuite, le Christ, et j’espère l’Église, est un lieu où on peut être écouté. Pour un certain nombre de personnes, ça joue donc un rôle assez important. Et puis je pense que les gens ont beaucoup de blessures, traversé beaucoup d’épreuves, parce que dans les lettres qu’ils nous écrivent, on voit bien qu’il y a beaucoup d’épreuves. Et la société cherche plutôt à donner des solutions pour régler des problèmes, alors qu’en fait, le besoin, c’est d’être accompagné. Et peut-être qu’ils trouvent aussi dans l’Église un lieu pour être accueilli avec ce qui est abîmé et la possibilité de pouvoir cheminer.
Que change l’arrivée de nombreux catéchumènes pour l’Église en France?
Ça change petit à petit, mais je pense que, jusqu’à présent, on avait l’habitude de préparer des catéchumènes au baptême, donc avec une petite équipe de gens très généreux qui se formaient et qui préparaient ainsi, avec un chemin de catéchèse, quelques éléments, la découverte aussi de la Messe dominicale et préparaient aussi au baptême. En fait, c’est la communauté chrétienne tout entière qui est invitée à cheminer avec les catéchumènes, en faisant découvrir que la vie de l’Église, ce n’est pas que la Messe dominicale, mais c’est aussi tous les autres aspects qui font une Église. Une Église qui transmet la foi avec la catéchèse, une Église qui vit la charité avec la Caritas, une Église qui est située aussi dans la société, dans la vie des gens, une Église qui accompagne ceux qui sont blessés, qui va visiter ceux qui sont seuls. Donc ils découvrent petit à petit, dans la vie paroissiale, tout ce qu’est l’Église. Je pense que si ça bouscule la communauté dans la manière de les accompagner, ça bouscule aussi la communauté dans sa manière de vivre, parce que c’est leur donne un autre regard.
Comment mieux accompagner les néophytes après leur baptême?
Peut-être qu’un des points qui aident, c’est de faire connaître à ces catéchumènes l’expérience des premières communautés chrétiennes, des communautés primitives, qui étaient des communautés où on se rassemblait avec une vie fraternelle, autour de la prière, du partage, de l’annonce de la foi, de la charité. Parfois, nos communautés sont très grandes. Avoir des petites communautés et permettre aux personnes de cheminer petit à petit au sein d’une communauté les aide à avancer et à découvrir ce que le Christ peut leur proposer.